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Interview

INTERVIEW

Comment en es-tu venu à l’écriture ?
J’ai commencé à écrire des paroles un peu avant mes 15 ans. J’aimais manier les mots, les triturer, leur donner de l’impact, de la beauté. J’étais un cancre, j’avais toujours eu des rapports conflictuels avec le milieu scolaire, si bien qu’à 15 ans j’étais déjà déscolarisé. La première fois que je me suis concrètement lancé dans l’écriture d’un roman j’avais 22 ans : un livre pas très épais intitulé Les fleurs de Lazare. J’étais sensé raconter une histoire de mafia russe, décrire Saint-Pétersbourg, tout ça sans internet, un vrai casse-tête ! À cette période je lisais Dostoïevski, Kafka, Steinbeck. Mais j’aimais aussi les œuvres de Spinrad et Philip K. Dick.
"La SF est un genre à la fois populaire et complexe. Un très bon outil de contre-culture..."
Justement, pourquoi devenir auteur de science-fiction ?
C’est un genre à la fois populaire et complexe. Un très bon outil de contre-culture, au même titre que le rap d’ailleurs. Cela me permet d’expérimenter, d’aller plus loin dans l’allégorie ou la métafiction, de rendre insolite et étrange ce qui d’habitude nous apparaît habituel et sans intérêt. La SF, telle que je la conçois, est nettement plus imaginative que la littérature conventionnelle.
D’où te viennent tes idées ? Quelles sont tes principales sources d’inspiration ?
Des tendances sociales et politiques du moment. Dans mes écrits, il y a souvent un message noir, pessimiste. Je me concentre sur l’espace intérieur de la conscience humaine plutôt que sur les thèmes habituels du genre. Ce sont souvent des histoires psychologiques proches de l’esprit surréaliste.
Parmi les auteurs de science-fiction qui t’ont inspiré, y’en a-t-il un qui a eu particulièrement d’influence sur toi ? Lequel et pourquoi ?
Peut-être Ursula Le Guin, son influence sur moi a été déterminante. Elle avait la capacité de rivaliser avec les plus grands auteurs dans tous les domaines de la SF. Le nom du monde est forêt est un pamphlet anticolonialiste, une utopie écologique et sociale, tandis que Les Dépossédés est un chef d’œuvre libertaire à la fois complexe et ambiguë. Elle a toujours fait preuve d’un engagement moral sincère. Dans un genre qui se veut avant tout divertissant, elle parvient à apporter un degré de profondeur rarement atteint en science-fiction.
Comment arrives-tu à concilier ta carrière dans la musique et dans la littérature ?
J’essaie de faire en sorte d’intégrer l’un et l’autre dans un même processus créatif. Travailler sur mes romans m’aide à réfléchir à mes albums et vice-versa. Les deux méthodes sont très différentes, mais il y a des similitudes au niveau de la recherche des thématiques, du travail du style, des formules... J’utilise le pseudo VII dans les deux domaines afin de créer un lien entre mon univers musical et littéraire.
Photo VII concert
Tu ne corresponds pas franchement à l’idée que l’on se fait habituellement d’un écrivain. Comment te sens-tu dans ce milieu ?
Je considère que je ne fais partie d’aucun mouvement, ni littéraire ni rapologique. Je ne suis pas issu d’un milieu artistique, chez moi les gens n’écrivent pas et lisent peu. Mais je pense que chacun devrait se lancer dans une expérience créative : à travers la poésie, la musique, la fiction, peu importe... Il faut que les autodidactes, les prolos, les marginaux s’emparent enfin de ces domaines là, ce sont les mieux placés pour témoigner des réalités de la vie.
Plutôt maison d’éditions ou auto-éditions ?
J’ai envoyé le manuscrit des Mains pleines de Lumière à 5 maisons d’édition, je voulais savoir si le roman était assez bon pour être accepté par des professionnels. Les éditions L’Âge d’Homme ont aimé le livre et mon rapidement proposé un contrat que j’ai fini par refuser. J’avais du mal à me faire à l’idée qu’on choisisse à ma place un visuel, un titre, une date de sortie, qu’on retravaille le texte… dans la musique j’avais pris l’habitude de gérer tout ça moi-même, sans demander l’accord de personne. Gene Wolfe disait à Frederik Pohl qu’il était absurde de penser que tous les bons livres finissaient par trouver un éditeur, il avait raison. Personnellement, je conseille aux auteurs de n’attendre l’aval de personne pour se lancer.
"L’anti-monde c’est l’ensemble des univers négatifs. Un espace dissimulé, isolé du reste du monde."
Qu’est-ce que l’anti-monde ?
L’anti-monde c’est une collection de chez Opta que j’aime beaucoup, c’est aussi pour moi un terme définissant l’ensemble des univers négatifs. Un espace dissimulé, isolé du reste du monde. Une réalité secondaire, étrange et angoissante.